Prix des Amériques 2008 "and the winner is...!"

Trois cubains étaient sélectionnés pour la dernière édition du Prix des Amériques. Pedro Juan Gutiérrez en est le lauréat (voir notre note de lecture)
L'éternité de l'instant n'a pas séduit le jury. Zoé Valdès dans une très belle langue raconte ses racines chinoises. Tant que l'histoire se passe en chine, le rythme et l'écriture sont comme la calligraphie qui illustre la page de couverture. J'aurais envie de dire très zen. L'ambiance cubaine est différente. Et cette rupture dans le ton n'aide pas la narration à mon sens. Un peu comme s'il y avait deux registres. Pour ce qui est du livre de Montero, il est très bien construit. On pourrait presque se demander si elle a déjà vendu le scénario à Hollywood. Il y a dans ce roman tous les ingrédients du film noir. La mafia, des assassins et des assassinats, des starlettes et même un hippopotame.
La Havane de 1957 a des airs de Las Vegas.
Il est vrai que le livre de Pedro Juan Gutiérrrez colle plus à la réalité cubaine ou plutôt à l'idée que l'on pourrait s'en faire. C'est peut-être l'un des arguments qui a joué en sa faveur auprès du jury. Entre un roman familial qui se déroule pour la moitié dans une chine irréelle et une image cinématographique de la Havane, le jury a choisi la proposition dérangeante de Pédro Juan Gutiérrez. Le nid de serpent: une humanité en rut, copulation à tous les étages, les mères, les filles, les putes crasseuses et même les vaches. Le tout arrosé d'alcool à 110° dans un nuage de marijuana.
"J'ai très bien vu que mon écriture n'aurait jamais pour but de plaire et de divertir. Elle ne ferait jamais passer un agréable moment à un public bienséant, pusillanime et blasé. Au contraire : pour ces gens-là, mes livres seraient une épreuve, parce qu'ils secoueraient leurs certitudes et leurs bonnes manières. Ils allaient me détester » (Le nid de serpent p106).
Je trouve pour m'a part qu'il a raison. Mais le jury lui a donné tort en lui octroyant le Prix des Amériques insulaires et de la Guyane d'un montant de 8000 euros.

© Gilda Gonfier - 27 octobre 2008

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