Pedro Juan Gutiérrez : leçons de vie, leçons d'écriture

Dans son dernier roman le nid du serpent, l'écrivain cubain le reconnaît lui-même « (…) j'ai très bien vu que mon écriture n'aurait jamais pour but de plaire et de divertir. Elle ne ferait jamais passer un agréable moment à un public bienséant, pusillanime et blasé. Au contraire : pour ces gens-là, mes livres seraient une épreuve, parce qu'ils secoueraient leurs certitudes et leurs bonnes manières. Ils allaient me détester » (p106).
Ames sensibles s'abstenir. Ce livre est une épreuve comme nous le dis si bien son auteur. Une humanité en rut, copulation à tous les étages, les mères, les filles, les putes crasseuses et même les vaches. Le tout arrosé d'alcool à 110° dans un nuage de marijuana.
L'histoire. Pedro Juan ( c'est une œuvre de fiction et les personnages sont purement imaginaires), Pedro Juan, donc a 15 ans, mais il en paraît 20. Musclé et bien fait de sa personne, timide et obsédé par son sexe, il nous entraîne dans le Cuba des années 60 et nous raconte son entrée dans la vie adulte au travers de ses rencontres sexuelles.
Portrait d'un rebelle « né pour être libre »qui forge sa philosophie de vie sans grâce ni remords, « parce que celui qui ne se sert pas de ses crocs et de ses griffes, sans pitié, finit en chair à canon, ou à nettoyer les chiottes » (p100)

Morceaux choisis:

La vie
Règle n°1 Fais la sourde oreille aux applaudissements et aux huées

Règle n°2 Ce monde est vide. Il n'y a que toi et tes personnages. Le reste ne t'intéresse pas.

Règle n° 3 N'imite personne. Ne demande pas. Ton chemin, c'est toi qui doit le trouver tout seul

Règle n°4 Tu paieras cher pour t'éloigner des sentiers battus. Sois prêt. (p191)

Les femmes
Les femmes le seul truc pour les contrôler, c'est d'inventer un mystère (...) La femme est curieuse, par nature et si tu la tires bien en plus, alors ça y est, tu es son idole. (p.98)

Pour plaire aux femmes, il faut être laid, maigre, sérieux, avoir un peu d'argent et d'autorité. Et aussi les tringler tous les jours en leur disant quelque chose à l'oreille. (p186)

L'écriture
L'écriture est un exercice diabolique. Le genre d'écriture qui m'attirait, en tout cas. Il faut faire jaillir la rage et la folie, mais avec naturel, sans que cela ressemble à de la littérature justement. Il faut que tout soit spontané, en apparence. Il faut construire un monde particulier, puis se dépêcher de faire disparaître l'échafaudage. Le lecteur doit être convaincu que le livre a été écrit sans aucun effort, avec la même aisance que les gazelles lancées dans leur course.(...) L'écrivain digne de ce nom est un spectre invisible : personne ne peut le voir, pourtant il entend et note tout. Le plus intime, le plus secret de ce que chaque être recèle(...) Il doit tout risquer. Celui qui n'ose pas aller à l'extrême limite n'a pas le droit d'écrire. Il faut pousser tous les personnages jusque-là. L'extrême limite. Il faut apprendre à le faire. Tout seul. Parce que personne ne peut enseigner comment on y arrive.(p106)

Et le nid du serpent dans tout ça?

Le chemin facile
est un piège
le vide dans mon dos
(p266)

© Gilda Gonfier - 10 juin 2008

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