Les disparus de Daniel Mendelsohn

Combien pouvons-nous savoir du passé de ceux qui en ont disparus ?

En près de 645 pages, Daniel Mendelsohn répond à cette question, dans un roman où il tente de reconstituer témoignages à l'appui la vie et la mort de son oncle Shmiel, de sa femme et de ses 4 filles.
Il rencontre les témoins, du moins ceux qui sont encore en vie, ceux qui ont échappé aux Aktions des Nazis.
À la manière d'un détective, il retrace le parcours des disparus.
Il était sourd, elle avait de jolies jambes, , C'était une bonne épouse, une bonne mère, c'était une gentille famille, une jolie famille...
Le livre est construit, d'une multitude d'histoires, celles des disparus et celles aussi de ceux qui racontent les disparus. Sans oublier celle du narrateur Daniel Mendelsohn, et de son rapport avec le passé, l'histoire de sa famille, son frère, son grand-père.
Les photos, les documents d'archive, au fil des pages laissent une impression de profonde humanité.
Malgré l'horreur de la Shoa Mendelsohn a su rendre vie aux disparus.
Les méditations sur la bible, bien que très pertinentes par endroit, de mon point de vue n'étaient pas indispensables. Je pense que le livre aurait pu s'en passer. Cependant elles donnent une certaine respiration, et un recul peut-être que l'auteur a jugé bon d'introduire dans ce récit douloureux de l'anéantissement d'une famille.
Le texte comme tout bon roman est aussi une formidable leçon d'écriture. Une information, ou une promesse d'information est inscrite quasiment toutes les deux pages.
Le titre du livre est évoqué pour la première fois page 371.
L'auteur s'interroge sur les histoires, comment les raconter, la question du temps... Et il a bien compris que ce qui fait un personnage ce sont les petites choses, les détails, les anecdotes, les petites histoires qui émaillent la vie de tout un chacun et le souvenir que l'on en garde. Des disparus, à la fin, ce qu'il aura pu glaner tient en une page, mais les émotions qu'ont pu susciter sa quête chez le lecteur, ont dessiné en creux, dans l'absence même de certitude, et de réponse, la présence très forte de cette famille disparue.
La lecture "Des disparus" est à rapprocher de celle des "Bienveillantes" de Jonathan Littell.

© Gilda Gonfier - 20 septembre 2008

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