La prisonnière des Sargasses

L'hostilité rugueuse des paysages et des gens. La vie grouillante, complexe. La forte présence des corps. L'ombre menaçante des esclaves la nuit de l'incendie. Les regards lointains de la bonne société blanche. La pauvreté. La solitude. L'enfermement d'une petite fille, d'une adolescente puis d'une femme Antoinette Cosway aux prises avec ce monde de vrais Blancs, de Blancs d'autrefois, de nègres blancs, et de nègres noirs au domaine de Coulibri à la Jamaïque.
"Quand ils en auraient fini, il ne resterait rien que des murs noircis et le montoir"( p49)
Et c'est un peu ça la vie d'Antoinette Cosway, des murs noircis. Délaissée par sa mère, devenue folle de chagrin, Antoinette est envoyée au couvent. "Ce couvent fut mon refuge, un lieu de soleil et de mort où, de très bonne heure le matin, le claquement d'une claquette en bois nous réveillait toutes les neuf, dans le long dortoir". (p64)
Antoinette est marquée par une tristesse tragique un peu comme un poison, une maladie à laquelle on ne peut échapper. Mariée à un anglais, sa douce lune de miel est de courte durée. Son passé la rattrape et le couple enferré dans des mensonges sombre corps et biens. "C'est comme ça qu'ils nous appellent, nous tous qui étions ici avant que les gens de leur propre race, en Afrique, les vendent aux marchands d'esclaves. Et j'ai entendu des anglaises nous appeler des nègres blancs. Aussi, entre vous, je me demande souvent qui je suis, et où est mon pays et à quelle race j'appartiens et pourquoi donc je suis née, du reste!"
L'écriture de Jean Rhys est à l'image de la société qu'elle décrit. Dépouillée. Tranchée. Violente dans sa narration presque anecdotique. Sa grande maîtrise elliptique du récit pour reprendre l'expression de Pierre Leyris, trace les contours sensuels et tragiques d'un destin de femme, mais plus généralement de la vie dans les Antilles post-esclavagistes.

© Gilda Gonfier - 8 mars 2008

Lire

Retour >